CCDELI coordination regroupant 17.000 dentistes

« La CCDELI coordination regroupant 17.000 dentistes, initiatrice de la CaPS (coordination asyndicale des professions de santé), partenaire de l’opération « Carte dévitalisée » est très active dans le cadre de la défense de notre système de santé qui est gravement menacé :

Vous êtes invités à:

I) participer à l’AG qui se déroulera le Vendredi 2 février à 19 H30 à Grenoble :

 

 

 

 

 

CCDELI

II) A Visiter  le site de la CaPS qui vous donnera des informations extrêmement claires et vous permettra de vous mobiliser

https://coordinationprofessionssante.jimdo.com/

CONFERENCE : Pourquoi et comment réformer notre système de santé ?

Conférence dont le thème principal est : « Pourquoi et comment réformer notre système de santé ? »

28 Place Saint Georges le Samedi 25 novembre de 14 h à 16h30

Au siège de l’association « Familles de France » qui est agréée pour santé et dont les représentants défendent les intérêts des patients au niveau des commissions nationales décisionnaires

 

Bienvenue sur le site « Carte dévitalisée »

OPERATION CARTE DEVITALISEE

Contact : Dr JF DAMOUR : 06.14.99.87.37, jf.damour@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mouvement, citoyen apolitique, dont la  devise est :
  ENSEMBLE RENOVONS NOTRE SYSTEME DE SANTE
A) SITUATION ACTUELLE
I) Dégradation du Système de soins Français :
– Selon l’OMS, le système de soins français est passé pour sa qualité en 15 ans  du premier au 24 ème rang et selon le Lancet au 15 ème rang (publication le 19 mai 2017)

II) Loi de Santé 2015 (ou Marie Sol TOURAINE)

 

 

 

Déserts médicaux, l’autre mal français de nos politiques publiques !

 Depuis 30 ans, l’obsession de tout gouvernement en matière économique est la lutte contre le chômage. Depuis 10 ans, celle de tout gouvernement en santé est la lutte contre les déserts médicaux. Ces deux maux de la société française sont de purs produits des politiques publiques menées. Le déni des dirigeants politiques sur ce fait les conduit régulièrement à ressortir les mêmes solutions qui ont déjà échoué et à chercher des boucs émissaires. La solution existe dans les deux cas mais elle ne peut être que structurelle et nécessite un changement de cap politique. Voyons le cas des déserts médicaux !

Une situation qui s’aggrave malgré la multiplication des mesures

Si la couverture médicale du territoire reste correcte en France aujourd’hui, nul ne peut nier qu’elle se dégrade d’année en année. Alors que 600 000 personnes habitaient en 2007 dans un désert médical (1), elles sont dix fois plus soit près de 6 millions en 2015. Les populations vivant en milieu rural souffrent particulièrement de la pénurie mais le caractère isolé du territoire n’est pas la seule explication. Ainsi, un francilien sur dix vit dans un désert médical. Le pire est à venir puisque la moyenne d’âge des médecins dans les zones sous-dotées (dites désertiques) est de 55 ans contre 52 ans en moyenne, avec des départs en retraite massifs à court terme.

Comme pour le chômage, chaque gouvernement a son lot de mesures conjoncturelles pour tenter d’enrayer la désertification, sans qu’aucune n’ait été réellement efficace. Par exemple, le contrat d’engagement de service public de 2010, qui permet aux étudiants de percevoir des subventions en échange de deux années en zones sous-dotées, n’a attiré que 236 étudiants en 2016 (moins de 3%). Revenu annuel garanti, contrat d’aide à l’installation, hausse des honoraires, baisse des charges…les politiques ont multiplié les mesures financières très coûteuses pour lutter contre les déserts médicaux, comme pour le chômage (emplois aidés…).

Le recours à la télémédecine, qu’il est urgent de développer, n’est en rien un remède à la désertification médicale mais un atout pour renforcer l’efficacité d’un travail présentiel des professionnels de santé dans les territoires.  Les propositions de la Ministre Buzyn en faveur de « médecins détachés » et « d’une « enveloppe dédiée à la lutte contre la désertification médicale » (2) vont dans le même sens que ses prédécesseurs.

On ne cherche pas à régler le problème mais à gérer la pénurie, comme si c’était une fatalité !

Chronique d’une pénurie organisée de médecins en exercice sur 3 décennies

Face à la croissance des dépenses de santé, les années 90 ont vu éclore une première idée stupéfiante des pouvoirs publics : baisser le nombre de médecins libéraux en exercice de 20 000 (sur les 110 000). A raisonnement économique de comptoir (moins d’offre pour moins de demande), solution politique de comptoir. D’une part, on a réduit drastiquement le flux entrant d’étudiants (diminution par deux du numérus clausus à 3500 étudiants), affaiblissant la démographie médicale pour deux décennies. D’autre part, on a accéléré le flux sortant de médecins en activité à grand renfort d’argent public (1,6 milliard d’euros dans les MICA (3)).

Les années 2000 verront naître une autre approche pour contrôler les dépenses : maintenir le plus bas possible le coût des consultations. De 1998 à 2011, la valeur de la consultation (le C) a stagné en euros constants. En 2015, le passage à 25 euros n’a fait là aussi que compenser l’inflation depuis 2011. On a même laissé baisser la valeur réelle de nombreux tarifs en chirurgie et pour plusieurs professions paramédicales. Les libéraux installés ont fait face à cette situation en augmentant leurs compléments d’honoraires pour ceux qui le pouvaient et en étendant leur temps de travail pour tous. L’application des 35 heures dans les hôpitaux publics a imposé au personnel soignant de travailler moins pour gagner moins. Le résultat de cette stratégie pour tous les soignants a été une dégradation de leurs conditions de travail et de leur reconnaissance professionnelle.

Assez logiquement, ces vingt ans d’exploit politique conduisent à une situation de désertification médicale, ce qu’aurait pu prédire un enfant de 5 ans. Pour gérer la pénurie, nous sommes entrés dans une nouvelle ère : la sur-administration du système de santé. Plein pouvoir aux préfets sanitaires qui dirigent des agences régionales de santé (lois de 2009), multiplication de zinzins technocratiques (lois de 2016 : GHT, PTA, CPTS (4)) sans soignant et sans patient mais grands ordonnateurs de l’organisation des soins. Les quelques libertés restantes dans l’exercice médicale sont en sursis. Les professionnels de santé, identifiés depuis les années 1990 comme la cause du problème, sont définitivement ficelés par une administration revancharde et largement incompétente sur les questions de santé (preuve empirique de la situation depuis les années 90).

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » disait Hannah Arendt. Le refus d’analyse lucide des erreurs passées et le déni de réalité des responsables sont une garantie d’échec ici comme ailleurs. Seule une réforme structurelle de l’ensemble de notre système de santé (réforme systémique) à partir de ses valeurs fondamentales qui en ont fait son succès résoudra la question des déserts médicaux.

Cela passe par renforcer le pouvoir, la responsabilité et l’autonomie des professionnels de santé et des usagers, par remettre la démocratie sanitaire et non l’État au cœur de la gouvernance des soins et du financement, par renforcer l’offre de santé publique et privée. C’est une nouvelle stratégie nationale de santé centrée sur la santé et pas seulement sur le soin pour construire un véritable système de santé du XXIème siècle.

Les déserts médicaux sont la marque de l’échec de 30 ans de politique de santé comme le chômage est celle de 30 ans de politique économique et social. Sans changement de cap politique, un Président de la République nous dira bientôt : « contre les déserts médicaux, nous avons tout essayé ». Cette formule a été énoncée en 1993 par Mitterrand pour le chômage. Nous venons tout juste de changer le cap de politique économique.

Pas sûr que les Français attendent aussi longtemps pour leur santé !

 

Frédéric Bizard

 

(1) Le décompte en 2007 prend en compte la distance à plus de 15 mn d’un médecin généraliste. En 2015, l’indicateur de mesure utilisé, l’accessibilité potentielle localisée (APL), considère la possibilité d’accéder à 2,5 consultations de médecin généraliste par an (contre 4,1 fois en moyenne en France), pour qualifier le territoire de désert médical.

(2) « Contre les déserts médicaux, la Ministre évoque des médecins détachés » – Le Parisien – Le 16/06/2017

(3) Le MICA (mécanisme d’incitation à la cessation d’activité), est un régime de préretraite créé par la convention de 1988, étendu en 1996 et fermé en octobre 2003 (deniers allocataires en 2012). Incitant au départ à 60 ans de 1988 à 1996 puis à 57 ans en 1996 (ordonnance Juppé), offrant une prime de 40 000 euros par an de 57 ans à 59 ans puis de 28 000 euros par an de 60 ans à 65 ans. Une cotisation répartie entre médecins (31,25 %) et caisses (68,75 %) permettait de financer cela. Au total, 10 516 médecins en auront bénéficié, pour un coût total de 1,6 milliards d’euros.

(4) Groupements hospitaliers de territoire (GHT), Plateformes territoriales d’appui (PTA), Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) : trois instances créées par la loi Touraine de Janvier 2016.

 

#accès aux soins #Agnès Buzyn #assurance maladie #Démographie médicale #déserts médicaux #médecins libéraux #MICAnumérus clausus #télémédecine

 

 

L’épisiotomie, une « violence obstétricale », vraiment?

 

Odile Buisson

Gynécologue obstétricienne, ex-board director de l’ISSWSH et membre de la SFMS

L’épisiotomie, une « violence obstétricale », vraiment?

Réseaux sociaux et blogueurs assimilent l’épisiotomie à une « violence obstétricale » laissant sous-entendre une violence volontaire puisque, les violences faites aux femmes le sont. C’est une bien étrange idée que d’aller imaginer sages-femmes et accoucheurs occupés à scarifier le périnée des femmes par bêtise intellectuelle, incapacité crasse, irrespect ou sadisme… Le Dr Marc Zaffran (alias Martin Winckler), médecin généraliste n’exerçant plus depuis 10 ans, Marie-Hélène Lahaye, juriste de formation et les membres du Ciane en sont pourtant convaincus: l’épisiotomie est une violence faite aux femmes. Mais qu’en est-il exactement?

L’épisiotomie est une incision du périnée pratiquée lorsqu’il est littéralement moulé sur la tête de l’enfant sur le point de naître. Cette intervention est destinée à terminer au plus vite l’accouchement lorsque le fœtus vient à manquer d’oxygène ou à protéger la patiente de déchirures périnéales graves responsables d’incontinence anale et de dysfonction sexuelle.

Plusieurs types d’épisiotomies sont pratiqués dans le monde. Dans certains pays anglo- saxons tel que le Canada (où réside le Dr Zaffran),l’ épisiotomie est faite de façon verticale et médiane (sur la ligne séparant la vulve de l’anus).Il n’est donc pas rare que sous les efforts maternels d’expulsion, l’incision s’étende jusqu’à l’anus. Ce type d’épisiotomie est donc un facteur de risque supplémentaire de déchirure anale et il vaut mieux s’en abstenir.

Très différente est l’épisiotomie pratiquée en France puisqu’elle est de type médio latérale c’est-à-dire qu’elle s’effectue à 45 degrés de la ligne verticale vulve-anus. Ce geste chirurgical protège les patientes des blessures du sphincter anal. Les Anglo-saxons désignent ces blessures sous l’acronyme « OASIS » (Obstetric anal sphincter injuries).Si ce vocable évoque plutôt une source d’espérance, sa réalité clinique est des plus fâcheuses car les blessures sphinctériennes entrainent une incontinence anale dans 30 à 40% des cas.

Il est tout à fait établi qu’une épisiotomie systématique n’apporte aucun bénéfice, par contre il est amplement démontré qu’une épisiotomie sélective, c’est-à-bien indiquée et bien pratiquée, protège les femmes du handicap majeur qu’est l’incontinence fécale. Une étude hollandaise de 2017 portant sur 10 années de registres nationaux (170.960 accouchements) montre que, sans épisiotomie, le taux de blessures anales est multiplié par 5 chez les multipares (patientes ayant accouché plusieurs fois) et par 8 chez les femmes ayant accouché pour la première fois avec l’aide de forceps. Dans le même sens, une étude anglaise constate que le taux de déchirures anales a été multiplié par 3 (de 1,8% à 5,9%) au fur et à mesure que le taux d’épisiotomie a diminué. Du reste l’étude Hollandaise de 2017 conclut que les inconvénients d’une épisiotomie sélective sont inférieurs à ceux de l’incontinence fécale. C’est assez dire que promouvoir un taux d’épisiotomie proche de 0% c’est aussi promouvoir un taux inacceptable d’incontinence anale impactant la vie sociale et sexuelle de jeunes femmes.

Dès lors que doit faire l’accoucheur quand sa patiente ne consent pas à l’épisiotomie? Obtempérer et appliquer la loi Kouchner sans sourciller? C’est donc laisser volontairement l’enfant manquer d’oxygène et abîmer son cerveau et c’est risquer de transformer le périnée de la patiente en un cloaque. En clair c’est faire une violence (d’ordre juridique) aux femmes et aux enfants à naître. Curieux paradoxe. De plus dans quelle mesure l’accoucheur peut-il être tenu responsable d’une absence d’épisiotomie sélective (et de ses graves conséquences) quand il est lié par un consentement qui, de toute évidence, ne sera jamais « éclairé » puisqu’au moment où l’enfant souffre et où le périnée tend à se déchirer, la femme qui accouche s’avère dans l’incapacité positionnelle de le constater par elle-même et donc de changer d’avis?

Décidément, les polémiques en cours se trompent de cible. Elles peuvent néanmoins contribuer à libérer la parole des accoucheurs qui se taisent depuis trop longtemps. Quand une sage-femme de garde en est à son dixième accouchement ou un médecin à sa 70éme heure de travail hebdomadaire comment peuvent-ils trouver l’énergie suffisante et le temps nécessaire aux indispensables explications que devraient accompagner ce moment si particulier qu’est l’accouchement? Sous la « violence obstétricale », il n’y a que la violence structurelle de ces maternités gigantesques et de leurs personnels surexploités. Il est particulièrement cruel de leur faire supporter la honte d’un chapeau trop grand pour eux.